EN COURS À VENIR PASSÉS

Altérités

Vernissage le 30.04.2026 à 18h
2.05.2026 > 4.04.2027

À l’abri des bruits terrifiants qui déferlent sur le monde - les violences, les menaces, les dénis, la guerre, les mensonges, les obscènes cécités qui sont l’actualité -, nous nous tenons dans notre cabane, au Trinkhall, célébrant, envers et contre tout, modestement, ambitieusement, ce que nous appelons la puissance expressive des mondes fragiles. Nous nous tenons dans notre cabane où nous prenons soin des lucioles, que nous portons en bannière, les œuvres de la collection, qui ne cessent de venir à nous, tenant d’un commun si précieux et pourtant aujourd’hui humilié, les gestes de la création déployés, partout dans le monde, envers et contre tout, dans l’intimité compagne des ateliers, l’énigme vivifiante des altérités partagées, transcendées. Quel qu’en soit le registre, l’altérité n’est jamais d’essence mais d’institution ou de circonstance. Ou alors, - tel est notre propos -, lorsqu’enfin elle est affranchie des conventions artificielles de la différence et de l’ailleurs, l’altérité n’est autre qu’une forme d’intériorité communément partagée.

Ancrages - Danièle Lemaire & Hélène Locoge au Trinkhall museum

Vernissage le 30.04.2026 à 18h
2.05.2026 > 4.04.2027

Danièle Lemaire (1939-2025) serait-elle tombée de la lune, comme on dit, souvent, à propos des artistes « fragiles », pour se dédouaner de comprendre et de voir ? Comment les croire – ou les vouloir ! – libres d’ancrages, d’histoire, de culture, ainsi réduits au seul périmètre d’une altérité fantasmée ? L’œuvre de Danièle Lemaire, au contraire, comme de chacun, est riche des mondes qu’elle a traversés, d’influences, d’impressions, d’échanges, de souvenirs, d’histoires à la fois manifestes et secrètes, dites et tues par l’opération de peindre. Elle traîne en son sillage le visage et la peinture de sa mère, Hélène Locoge (1915-2005), auprès de qui elle vit jusqu’à l’âge de trente ans, la longue imprégnation des œuvres  et des gens, l’atelier de la mère et la maison familiale où se rencontrent les artistes du Hainaut, Louis Buisseret, Albert Ludé, Achille Chavée et bien d’autres, entre figuration, surréalisme et abstraction. Il existe entre les travaux de la mère et de la fille de discrètes mais évidentes résonnances, que cette exposition donne à voir. Au mi-temps de sa carrière, Hélène Locoge, connue surtout comme portraitiste, s’éloigne de la figuration et se lance avec ardeur dans l’abstraction. On ne trouvera pas, chez sa fille, une telle rupture dans le projet de peindre, mais, au contraire, pendant les trente années qu’elle passe ensuite aux ateliers du 94, à La Louvière, une forme d’indétermination, comme d’indistinction délibérée entre figuration et abstraction, précisément, qui confère à l’œuvre son style propre et sa poétique – sa philosophie muette. Visages humains ou animaux, paysages et corps indociles que libèrent les traits et les couleurs – les traits d’encre noire qui se déposent en surplus de la nonchalante et puissante organisation des matières, des formes, des couleurs : les visages et les corps de Danièle Lemaire deviennent paysages, non plus porte battante vers une intériorité qui les enferme, mais vers une extériorité qui nous appelle, nous regarde et à laquelle ils nous lient. Ils font synthèse et transcendent - avec quelle grâce et quelle sûreté ! -, les chemins contrastés empruntés avant elle par sa mère.